Des trous et des gravats
Antonin Ménard - 16 juillet 2013


La salle Benoit XII accueille pour la deuxième partie du Festival d’Avignon, Antoine Defoort et Halory Goerger pour Germinal. Un projet qui plonge quatre protagonistes dans le vide, dans le néant, sur le plateau nu d’une scène pour qu’ils réinventent un monde : le leur. Ce monde à construire serait un monde pour quatre. Un monde clos, un micro-monde qui, à travers les 80 minutes de spectacle, tente de nourrir la réflexion de ce que serait une communauté, de ce qu’est le langage et le théâtre. Ambitieux et utopique, Germinal serait comme le mois qu’il désigne, le terreau d’un spectacle à venir. Germinal aura un écho très lointain avec Zola, si ce n’est la provenance géographique de l’équipe et leur capacité à vouloir creuser des trous pour extraire des gravats, un microphone, des gravats, un ampli, quatre pads, un ordinateur, des gravats, une console son et un marais

L’un d’eux se lève et une première phrase apparaît. Le protagoniste comprend que ce sont ses « pensées » qui s’inscrivent sur le mur du fond quand il active un bouton de sa console. On entendra « pensées » comme ce qui passe par la tête et aucunement comme la lente et complexe mise en place de réflexions autour de concepts. Il met ainsi en place un dialogue écrit avec les trois autres qui ont eux aussi la possibilité de formaliser leurs « pensées » sur le mur du fond. L’exploration continue jusqu’à ce qu’ils n’aient plus besoin de passer par leur console. Leurs « pensées » sont de suite inscrites. On suit ainsi leurs dialogues commentant leurs découvertes successives. Le retour d’un théâtre muet ou le clin d’œil au cinéma muet mais sans expressivité ni réelle pantomime qui confère à la scène un attrait limité. La lecture du dialogue suffit. Les acteurs ne savent pas s’ils sont acteurs ici et maintenant ou s’ils sont les protagonistes d’une fiction dans laquelle ils se sont eux mêmes projetés. Ce spectacle nous laisse croire que toute la technique est dirigée à partir du plateau. Mais pour qui connaît un tant soit peu la technique, il perçoit tout de suite que ce sont les régies son, lumières et vidéo qui font le spectacle.

Les trois garçons continuent leur dialogue écrit, se posant la question de leur identité. Question abordée, pas développée mais qui leur donne sans doute l’impression d’avoir mis de la pensée sur un plateau. Plus concrètement, Ondine Cloez explore ce plateau et découvre une dalle du plateau qui résonne différemment. Armée d’une pioche, elle perce le plateau pour découvrir un micro. Elle rameute les gars, qui testent le micro. Antoine souffle et sous les conseils de ses acolytes déploie toutes ses capacités phonatoires et commence à parler. Plus loin ils auront découvert dans le trou une console son qui permettra d’activer les micros cravate qu’ils avaient sur eux dès le début du spectacle. Ils parlent et décident d’utiliser le mur du fond comme d’un espace pour projeter toutes leurs découvertes qui se résument par la nomination de ce qu’ils les entourent : le sol, le trou, les pendrillons, les gravats, le micro, les gravats… Les mots s’inscrivent au fur à mesure qu’ils les prononcent. Le mur du fond saturé de mot, l’idée de génie arrive. Ils doivent faire des catégories. Le théâtre potache n’étant jamais très loin, nos quatre animateurs imaginent deux catégories ce qui fait ploc-ploc et ce qui ne fait pas ploc-ploc. C’est amusant et surtout ce n’est pas sérieux.

C’est sans doute de cela qu’il faudrait parler. Ce « ce n’est pas sérieux » qui dit à nous spectateurs : « ne vous inquiétez pas, on ne va pas vous emmerder et même on va rire ». Effectivement on sourit car effectivement ce n’est pas sérieux. Ce sont juste 80 minutes de spectacle qui ne disent pas plus d’une nouvelle histoire du langage, du savoir et des structures sociétales que d’une nouvelle histoire de théâtre. Qui emprunte un titre à Zola comme Citroën vend des Picasso. Titre qu’ils empruntent comme valeur marketing et de communication plutôt que comme valeur révolutionnaire. 80 minutes durant lesquelles nous n’aurons toujours aucune idée sur une façon différente de vivre ensemble. 80 minutes de spectacle qui n’auront pas suffi pour montrer une manière singulière et inventive de faire du théâtre. 80 minutes de trous et de gravats qui sont sans doute, peut-on l’espérer, la promesse d’une œuvre qui se cherche plutôt que l’avènement d’un théâtre creux et poussiéreux.
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