Saoulée de branchitude
Mélanie Thorel - 20 juillet 2013


Rausch (ivresse), cours du lycée Saint Joseph 16,17, 18 juillet puis 20,21,22,23 juillet, 22H Falk Richter et Anouk Van Dijk collaborent pour la 4ème fois. On avait pu découvrir Trust en 2010 au festival d’Avignon.

Le public entre dans la cour du lycée Saint Joseph ce soir là et découvre une scène pandrillonée de noir. Posées sur le planché cuivré, des banquettes de salle d’attente en skai noir, des modules noirs, sur roue, ça et là, de gros blocs noirs en fond de scène.

La pièce s’ouvre sur un monologue d’introduction, face public, décrivant le rêve impossible d’écrire dans une langue comprise de tous.

Peu à peu, les comédiens-danseurs emplissent la scène.

Progressivement la musique monte.

Une jeune comédienne entre :difficulté de communication amoureuse malgré les moyens aujourd’hui mis à notre disposition, impossibilité de l’engagement tant on recherche la perfection des relations, impossibilité de convaincre l’autre de son amour véritable et absolu, le désir d’enfant comme projet commun, consolidant....

Cette première dispute succède à une autre, puis une autre, avec les mêmes répliques, interchangeables.

Viens la figure du psychanalyste ayant pour issue la destruction même du couple, tandis que les comédiens-danseurs évoluent sur le plateau, les fauteuils, dans les modules que l’on déplace, en hauteur sur les blocs noirs.

Certains comédiens ont enfilé des robes de tulle vaporeuses.

Stop

Un metteur en scène surgit du public, invitant ses comédiens à changer radicalement de discours.

Avec la crise grecque en toile de fond, des barricades de banquettes sont montées en face des tours de banques allemandes. Occupy. La police de Merkel n’hésite pas à asphyxier les manifestants.

Un nouvel espoir pour une autre société, un autre modèle économique et un autre modèle amoureux aussi.

Le groupe se soude pour la première fois, et entonne une chanson de radiohead. Les couples se re-forment, forts du projet commun qu’ils se sont trouvé : changer la société.

Un piano arrive sur scène, quelques notes, puis retour au propos initial sur la possibilité d’écrire en un langage universel.

La musique monte toujours plus fort ; Le final est dansé dans l’obscurité qui envahit peu à peu le plateau. Noir

On l’aura compris, Raush est une accumulation d’effets « efficaces » mais éculés du théâtre contemporain : Des comédiens-danseurs effectuant de grandes glissades, roulades, escalades, un gros ventilateur, une scénographie épurée, la convocation d’un piano pour quelques notes, texte braillé face public...On fait appel aux réseaux sociaux et autres smartphones pour figurer la modernité du propos.

Cette recherche d’efficacité formelle masque mal la faiblesse du propos. Raush aborde les relations amoureuses sans aucune finesse ni complexité.

Les réseaux sociaux sont montrés du doigt, bourreaux évidents des couples d’aujourd’hui. La recherche de contacts toujours plus virtuels est supposée assécher les vraies relations.

Falk Richter et Anouk Van Dijk nient ainsi que le vrai contact est aussi permis par Facebook qui en est l’un des vecteurs potentiels.

Sur le poids indiscutable des réseaux sociaux dans les mouvements de résistances idéologiques dans le monde, qui semblent avoir tant inspiré Falk Richter, tel « Occupy », étonnement, pas un mot.

Difficile de traiter cette question de manière aussi tranchée, non ?

De même, l’enrichissement des banques au détriment du peuple est grossièrement effleurée, la volonté de changer la société, caricaturée.

Enfin, la dramaturgie est inopérante lors de ces deux heures de spectacle. Les parallèles vie amoureuse, difficulté à communiquer, révolution populaire, ne fonctionnent pas, donnant ainsi l’impression d’assister à une série de tableaux sans lien.

Falk Richter et Anouk Van Dijk signent avec Raush un spectacle accessoire écrit sur des questions essentielles.


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