L’imparfait, sale temps pour Victor
Yannick Butel - 25 juillet 2017

Chapelle des Pénitents blancs, Olivier Balazuc présentait L’Imparfait. Un spectacle pour enfants interprété par Laurent Joly, Thomas Jubert, Valérie Keruzoré et Martin Sève. Une mise en scène enjouée, un style simple, quelques moments didactiques (on récite les leçons et on donne la valeur des temps de l’indicatif), et qui finit par un chaos salvateur. Quant à en faire un travail critique sur l’envahissement de la machine, la menace que fait planer la technique, une étude sur l’influence déterminante qu’exerce les parents sur l’avenir des enfants… on peut douter que cela soit la première chose que l’on perçoit. Ici, c’est un certain goût de la caricature qui prime et qui constitue la colonne vertébrale de L’imparfait.



© Christophe Raynaud de Lage

Intérieur de pavillon et coupe de maison. Chaise, table, et en guise de décoration murale, un immense écran qui pourrait figurer un écran plasma, mais qui se révèlera être aussi une sorte de castelet ou un autre lieu. A l’intérieur vit la famille parfaite qui, comme le raconte Victor 1er (l’enfant) est entouré et couvé par Papa 1er et Maman 1er. Monde idyllique en surface où l’enfant roi est l’objet de toutes les attentions, la vie suivrait son cours si l’enfant unique ne se mettait à douter de la perfection de ce petit monde quand il apprend que ses géniteurs se sont rencontrés sur un site de rencontre.
Tout bascule alors…
Victor 1er commence à faire des dessins qui ne représentent plus la maison à la cheminée qui fume, avec le soleil, papa/maman/Victor et des cœurs. L’aveuglement des parents attendris par l’enfant modèle se change alors en inquiétude obsessionnelle pour celui qui dessine des gros chiens poilus et qui fait des tâches. On débarque alors chez le pédopsychiatre, on suit les conseils de Marie-Rogère (genre travelo ou bourgeoise stéréotypée) et on finit chez « Corporate incorporate, Pour un monde Parfait ».
L’avenir est là, la solution toute trouvée, dans la location d’une réplique robotisée de Victor qui elle ne faillira pas au désir d’avoir un Victor parfait. Sketches et séquences s’enchaînent qui montrent tout d’abord la résistance de Victor 1er à l’envahisseur Victor 2. Mais la mise en concurrence tourne bientôt à l’avantage du robot et de sa technologie. Victor est marginalisé, jusqu’à finir oublié par ses parents qui lui préfèrent les programmes lisses du Robot, en tous points conformes à la représentation qu’ils se font de « LEUR » Victor qui ne peut être un vilain petit canard.
L’avenir est là, mais dure longtemps et par un retournement de situation (on appelle au théâtre ce moment-là UN COUP DE THEATRE), Les parents se libèrent du Robot qui a la fameuse tendance à marquer de son empreinte tout son environnement. Aussi, alors qu’ils sont en passe de succomber au Robot, les parents se révoltent, et retrouvent leur petit Victor qui avait été mis au placard (scéniquement dans une armoire).

La poignée de minutes qui sert de fin s’ouvre alors sur un chaos, où l’on repeint l’appartement à coup de tâches de toutes les couleurs. Ou l’écran plasma est définitivement muet. Ou le robot vient à cramer dans un coin ne comprenant plus ce qui se passe. Ou Papa 1er envoie promener son patron Monsieur Fessard (ça ne s’invente pas). Ou Maman 1er recouvre une vitalité qui lui donne des allures de Valérie Lemercier dévergondée ou presque.
Alors que retiendront les petites têtes blondes qui avaient pris place dans la salle, à côté de Papa et de Maman (pour la majorité), et Papi et Mami (pour quelques autres) ? D’évidence, L’IMPARFAIT est une pièce non sur l’enfant, mais sur la relation Enfant/Parents. Et si d’aventure, les enfants seront heureux du dénouement ; ils pourraient se dire aussi que ce « grand bordel » est initialement le fait de l’enfant. Il y aura toujours quelques parents pour leur rappeler que c’est Victor le déclencheur de cet imbroglio familial, cette catastrophe des familles bourgeoises « bien » composées. Il y aura toujours quelques parents pour montrer que c’est les parents qui retrouvent Victor 1er et l’assurent de leur amour parental après qu’ils en ont douté. Et peut-être, mais plus rarement, y aura-t-il des parents pour dire que les enfants sauvent les parents… Peut-être et c’est moins sûr puisque dans la chaîne de commandement qui règle les contentieux familiaux, il faut un « Ordre » qui règle les choses et Papa-Maman, c’est comme le Général de Villiers (avant d’être viré pour dépasser une borne ou marcher trop vite).
Bien entendu Olivier Balazuc qui met en scène L’Imparfait signe un petit spectacle enlevé en Une heure. Une petite mécanique bien huilée et rodée où le temps mort est absent et où les rebondissements, caricaturaux, excessifs et simples, rendent le tout accessible. Et s’il convoque Rousseau, voire Truffaut (cf. le prénom Victor), on se permettra de souligner que la référence ne vaut pas tant pour sa reconnaissance sur scène que pour sa présence dans le programme.


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