J. Bel - chorégraphe des mémoires
Ingra Sõerd - 23 juillet 2013


C’était le 8 juillet 2013. Je suis rentrée dans la Cour d’Honneur – le lieu mythique d’Avignon. Je m’étais préparée pour quatre heures de spectacle de Stanislas Nordey. Au bout de quarante minutes, la salle était vide, plus de spectateurs dans la cour. La pluie et les orages avaient forcé les gens à rentrer chez eux. Moi, triste de ma première expérience ratée, je me suis consolée à l’idée de mon retour quelques jours plus tard. Donc, le 17 juillet, je me réjouis du fait de retourner dans ce lieu emblématique. Le spectacle, que j’allais voir, se nommait Cour d’Honneur de Jérôme Bel.

Théâtre expérimental, ou comment ressusciter des souvenirs.

Deux milles spectateurs installé dans le Palais des Papes.

Quatorze chaises noires sur la scène.

Quatorze personnes dit « les représentatifs » des spectateurs qui, les uns après les autres, s’avancent devant le public pour partager leur première expérience, leur relation personnelle, leur souvenir le plus remarquable par rapport à la Cour d’honneur. La mise en scène répète le même principe, la même image. Un « spectateur » s’avance en front de scène, se présente au micro et raconte ses mémoires de la Cour d’honneur.

Les souvenirs chorégraphiés, d’une manière linéaire, sont pimentés par des extraits éphémères des créations de Pina Bausch, Romeo Castellucci, Krzysztof Warlikowski, Anne Teresa de Keersmaeker et d’autres. Un rythme monotone se met en place qui mêle le texte, le visuel et les applaudissements répétitifs et récurrents à chaque intervention. Et c’est ainsi pendant deux heures.

J’ai l’impression que les gens ont passé une bonne soirée. Il y a du rire dans l’air, sûrement des souvenirs qui ressuscitent. Le format reality-show où chaque participant dévoile son secret a l’air de bien marcher, même dans la Cour d’honneur. D’ailleurs, le spectacle du 19 juillet était en direct sur France2 et toujours distribué sur replay. Un indicateur de sa valeur (?)

Je pense aux personnes qui, le 17 juillet 2013, étaient dans la Cour d’honneur pour la première fois. D’un côté ils ont eu droit à un récapitulatif subjectif de Jérôme Bel, l’image qu’il veut donner lui et pas l’image intégrale de cet endroit emblématique de festival d’Avignon. Deuxièmement quelle est l’expérience propre de ce nouveau spectateur – les souvenirs des autres ?

Je suis contente d’avoir eu déjà une première rencontre avec ce lieu avant le spectacle de Bel. Puisque s’il s’agit de transmission des souvenirs je préfère les construire sur les miens plutôt que sur celui des autres. Le théâtre c’est un peu comme la vie – on ne peut apprendre que de ses propres expériences. Qu’aurais-je appris ce soir avec Jérôme Bel ?


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