Édito | Juillet 2017

Dans la chaleur d’Avignon 2017 et les ténèbres du moment


Avignon toujours recommencé. Et avec le festival, les hurlements des cigales et le piétinement des festivaliers (ou inversement), cette cérémonie du spectacle qui rivalise avec la célébration du commun. Au milieu, où trouver des espaces de conflit (de pensée) ?

Marchant dans une même ville, d’un même pas, dans une même direction, nous sommes d’un même espace et d’un même temps : faudrait-il que fatalement nous partagions également de la vie ses résignations et de l’art ses réponses ? Serions-nous, irrémédiablement, contemporains d’une même époque, d’un même monde ? Si c’est pour partager — ce geste si violent qui met en pièces, sépare, tranche dans le vif des choses – que nous sommes là, alors que le partage soit cette rupture au sein du temps, et cette violence opérée dans l’ordre du réel.

Contemporain, le mot français ne dit rien : en allemand, il paraît qu’il se prononce Zeitgenössisch : « camarade du temps. » Puissions-nous être au nom de ce nom, insensément camarades de ce temps (sa brûlure, sa laideur, ses outrages commises au temps) : ce serait le programme de l’Insensé pour les jours à venir, ceux qui vont passer sur nous comme autant de liens à trancher.

Au milieu des spectacles, chercher la brûlure, non pour la trace qu’elle laisserait, mais pour le mouvement de retrait qu’immédiatement elle suscite, et qui nous rend soudain à notre corps, à notre puissance. Exigeant tout, il est possible que nous sortions des spectacles plus dépouillés encore : mais c’est pourquoi nous allons voir, et exiger davantage du théâtre, s’il en est encore.

Cette phrase d’Agamben, enfin, pour ne pas finir :

« le contemporain est celui qui reçoit en plein visage le faisceau de ténèbres qui provient de son temps […] C’est comme si cette invisible lumière qu’est l’obscurité du présent projetait son ombre sur le passé tandis que celui-ci, frappé par ce faisceau d’ombre, acquérait la capacité de répondre aux ténèbres du moment ».


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