Édito | Mai 2017
Yannick Butel - 4 mai 2017

Le PS, et après…


Pour qui roule Valls ?
De quoi Valls est-il le nom ?
Valls est le spectacle de quoi ?
S’inquiéterait (maladroitement) la presse et plus largement les français au lendemain de sa déclaration de soutien à la candidature de l’énarque qui marche.

Une trahison ? Un attentisme ? Une vengeance ? Un "voleur" ?…
Aucun des termes ne convient… vraisemblablement. Pas plus traître que parvenu, pas plus Juda que Ponce Pilate, etc… Mais un amalgame flou de tout cela sans doute.

Au vrai, Valls est un Arlequin qui est, comme le cernait Althusser, « faim et sexe ». Comme nous n’y reviendrons pas, alors disons qu’Arlequin (personnage de théâtre italien) est cette figure complexe du désir aiguisé par la faim : désir ou faim de pouvoir, désir ou faim de reconnaissance, désir ou faim d’argent, désir ou faim… qui le conduisent à voler, à mentir, à jouer les ambigus, à trahir… mais, dans la comédie, tout cela c’est pour rire…
Si c’était une tragédie, alors disons que Valls serait Richard III : le difforme brutal et violent, traitre en toute chose, homme de basse fosse, viscéralement attaché à une seule personne : la sienne.

Mais Valls est aussi un « pas plus »…
Monsieur 5% - c’était son score lors de l’invention des primaires socialistes que l’on doit au camarade infortuné Montebourg - ne vaut pas plus de 5%.
Mais, et c’est une chose qu’il a en lui, il s’agit de 5% de morgue, 5% d’arrivisme, 5% d’immoralité, 5% etc… et cela constitue un début que, Ui en puissance ou virtuel, il a su capitaliser : 95% de véhémence, 95% de perfidie, 95% de superbe, 95% de faux-semblant…

5%+ 95% : et vous avez un cent pour cent Manu (comme en parlent les intimes).

Que dit Valls aujourd’hui du vote Hamon ? Rien.

Que dit Valls du programme du socialiste Benoit Hamon ? Qu’il s’agissait d’un programme d’extrême gauche. Le PS d’extrême gauche ?????

Réfléchissons un peu à l’argument qu’il donne sans se soucier de la cohérence de son propos, mais qui correspond à l’argument qui vaut pour la justification de sa trahison à l’endroit du Parti Socialiste. Car Valls, s’il a accessoirement trahi Benoit Hamon à la primaire (écriture en faux, abus de confiance, etc), est surtout le fossoyeur du parti Socialiste et donc LE traitre parmi les adhérents, sympathisants et militants de la gauche socialiste.
Que vaut donc l’argument rapporté aux scores du premier tour ?
Opposons au calculateur de droite qu’est Valls, le calcul mathématique qui souffre moins de tendance partisane.
Et soulignons que s’il n’était pas possible de compter sur Valls, il faut aujourd’hui ajouter aussi qu’il ne sait pas compter du tout.

Que dit Valls du résultat de Benoit Hamon, après qu’il a, par intérêt privé qui rayonne de plus en plus en plus à l’approche des législatives, appelé à voter Emmanuel Macron ?

Citons les propos rapportés dans Libération :

« Pour l’ancien Premier ministre, c’est la fin d’un monde. « Il faut être clair, c’est la fin d’un cycle, la fin d’une histoire. Nous sommes dans une phase de déconstruction. J’aimerais que l’on soit dans la reconstruction avec les législatives ».


A la question de savoir s’il avait des regrets, Valls répond non et accable Benoît Hamon : « Quand on mène une campagne d’extrême gauche, on ne récolte que ce qu’on a semé. »

Oups….
Réfléchissons un peu…

Si les 2 291565 votants socialistes sont d’extrême gauche (« on récolte ce qu’on a semé » : énoncé moralisateur comme les aime Valls et non proverbe agricole)), alors ils auraient dû logiquement rejoindre l’extrême gauche et/ou se cumuler avec les forces de la France Insoumise (dont le porte-parole récuse l’idée qu’elles soient d’extrême gauche), ou celle du NPA ou celle d’Artaud (qui accepteront eux d’être identifiés comme l’extrême gauche).
Il y aurait eu, Hamon et Mélenchon n’en étaient pas très loin, un accord, une fusion : une gauche plurielle (intégrant les écolos). La France Insoumise, dans cette élection, a d’ailleurs siphonné une partie de l’électorat socialiste (et voilà que ceux-là seraient d’extrême gauche) après que Valls, reniant l’ensemble de ses engagements devant les électeurs de la primaire socialiste, a rejoint En Marche.
La différence entre Valls (qui s’est engagé à soutenir Hamon au lendemain de la primaire : honneur devant les militants, signature…), c’est que l’électeur, lui, est libre, et celui qui aura payé ses 2 euros à la primaire socialiste aura vraisemblablement, pour partie, révisé son jugement après la trahison de Valls. Il a choisi, l’électeur, un vote non pas utile, mais de raison puisque Valls venait d’assassiner la candidature d’Hamon.

Mais revenons au calcul.
Si les 2 291565 votants s’étaient cumulés aux autres scores de l’extrême gauche, selon une règle proportionnelle de report de voix, le candidat de la France Insoumise serait au second tour. Et Poutou ou le NPA serait remboursé de leur campagne…
Or, convenons-en, rien de cela n’est arrivé puisque ni les uns, ni les autres ne sont au second tour de l’élection présidentielle, et Poutou ou le NPA ne sera pas remboursé.
Valls fait donc un drôle de calcul, voire développe une argumentation qui ne tient pas.
En fait, en affublant Benoit Hamon d’une campagne d’extrême gauche, il poursuit ce qu’il a entamé depuis le premier jour de sa nomination au poste de premier ministre ou prolonge ce qu’il faisait déjà au parti socialiste…
Il casse le PS, le réduit, l’anéantit. Ce qu’il sait ne pouvoir diriger, il a décidé depuis longtemps de le liquider suivi par une petite bande d’imposteurs. Dès lors, Valls qui argue « de la fin d’une histoire » ne veut pas « reconstruire » comme il le prétend. Il ne sait pas plus compter que parler… Mais tout simplement « construire ». Le « re », itératif, est en trop. Et que veut-il construire ? Un parti de Valls !
Alors, précisons encore, un parti ne se construit pas autour d’une personne, mais d’un ensemble d’idées. Valls n’a pas d’idée (pas socialistes en tous les cas), mais il a une seule idée : une haute idée de sa personne appelée à jouer un rôle.
En d’autres termes, Valls est à 95% un mégalomane, un narcissique, un vaniteux, un arrogant… une grenouille qui rêvait de devenir un boeuf.

Alors oui, une page se tourne, une histoire prend fin comme Valls le martèle en espérant être l’auteur de la prochaine histoire. Et le seul moment où il a raison, en définitive, c’est que le PS est blessé (revoir l’entretien avec Lea Salamé) et qu’il n’est pas mort. Le PS est juste moribond, convalescent mais, comme disait l’autre, l’avenir dure longtemps, et l’avenir du PS, aujourd’hui, c’est sans Valls. une aubaine… Depuis le temps que l’on voulait que l’épouvantail quitte le PS, c’est fait.
Reste au Bureau Politique et aux Eléphants à ne pas se tromper. A son secrétaire général à ne pas louvoyer ou chercher une sortie « honorable ». Les 2 291 565 votants sont socialistes. D’autres qui ont rejoint la France Insoumise reviendront bientôt. Mais ils ne reviendront pas vers un PS tiède, un PS valsisé, un PS qui, avec Hamon, semblait renouer avec un idéalisme ou un rapport à l’utopie dont Abensour (mort ce samedi 22 avril) pensait qu’il était une façon de penser l’altérité.
Les 2 291 565 votants sont fidèles à la gauche, à Hamon, à une histoire des idées socialistes qui demeureront tout le temps que la misère, l’éducation, la justice, la solidarité, la volonté politique de la paix… ne sont pas garantis pour chacun. Et, ils l’ont montré ce dimanche, ils espèrent une gauche réellement plurielle.

Valls lui s’est tourné vers le jeune Enarque. Choisissant par-là ce qu’il regarde comme le camp de la raison, de la responsabilité, du libéralisme… avançant comme seul argument celui de l’époque, puisque lui est de son temps, quand les autres sont d’un autre monde. Et d’ajouter, pour Valls qui ne le comprend pas, que les « gauchistes » ne sont pas d’un autre monde, mais seulement espèrent un autre monde.

Valls pour Macron ? Non. Il roule pour lui et si Macron n’y prend garde, il subira le même sort que Benoit Hamon, à plus ou moins long terme….

Ce qui est finalement inexplicable, c’est que Valls semble en définitive avoir peur de sa mutation, de sa mue. Socialiste il y a longtemps, libéral de son temps (aujourd’hui)… c’est un peu comme s’il ne voulait pas se reconnaître dans cette nouvelle identité. C’est troublant de penser que le changement radical à l’extrême droite de la droite de la gauche ne lui permette pas de se regarder le matin dans la glace sans y voir un autre qui n’est, n’a jamais été, en définitive, socialiste. 5% d’angoisse sans doute devant les 95% de la lèpre libérale ("le virus libéral" dit Samir Amin) qui le gagne et n’est plus dissimulable.

Il reste ainsi à Valls l’égoïste à construire son parti ou rejoindre en marche où il trahira Macron… C’est en route…. Parce que Valls n’est pas un centriste libéral, pas un socialiste libéral, mais un homme de droite dur(e). L’étape Macron n’est donc qu’une étape pour Valls qui finira bien un jour par être en harmonie avec lui-même.
Il prophétisera la menace du FN (en 2022, la politique libérale d’Emmanuel Macron aura nourri pendant cinq ans le FN), il prendra « ses responsabilités », etc… le bavardage habituel de celui qui, trahissant (à nouveau), pense qu’il faut justifier la trahison pour qu’elle devienne légitime.
Sauf que cette ultime trahison placera Valls, dans sa dérive vers l’extrême droite du centre droit, aux portes de la droite aujourd’hui ex-fillonniste.
Enfin Valls sera ce qu’il a toujours été… à droite, trop à droite, l’Ui-même, et d’évidence maladroit.


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