Orage Ô désespoir ! ou un fabuleux éloge de l’intranquilité par des moins que rien
Jean Pierre Dupuy - 18 mai 2016


Orage Ô désespoir
Mise en scène : Marie-Laure Baudin, assisté de Clément Parly
Avec (par ordre alphabétique) Christelle Audureau, Tsellina Baleyte, Pauline Cescau, Abel De Castro, Vincent Denis, Corinne Dufetelle, Audrey Dugue, Louis-Marie Feuillet, Pauline Goudergues, Béatrice Hue, Véronique Le Souquet, Sophie Robles, Dorothée Royer, Jean-Claude Thomasse.




Certains ont dans leur vie un grand rêve, et ils le trahissent.
D’autres n’ont pas dans leur vie le moindre rêve – et ils le trahissent tout autant.

Fernando Pessoa


Ils dépassent la douzaine… Clowns, c’est-à-dire comédiens d’occasion, à les considérer au paramètre de l’art du spectacle, ou déchet d’humanité dans l’ordre social des choses… Finalement des encombrants ou des embarrassants… même pas des intermittents !
Des paumés du narcissisme qui se regardent dans une flaque d’eau… Parce qu’il pleut évidemment !
Pas une pluie d’abondance, réjouissante promesse d’une luxuriante végétation, NON, une pluie ridicule qui goûte à goutte du toit, du mauvais abri, du mauvais logis, de la mauvaise enseigne !

Théorème de la goutte d’eau

Ainsi Orage ô désespoir commence par le mauvais cas d’une mise à l’encan… la goutte d’eau qui fait déborder le vase !
C’est vrai que la communauté se propose d’enterrer TRUMP, le roi de la démocratie spectacle…
Et en sous-main chercher Hollande… N’hésitez pas, Orage et ô désespoir est terriblement POLITIQUE.

Une mise au point impitoyable ! « Sortez vos mouchoirs, mégères d’alentour qui pleurez dedans ! » dirait Michaux : « on cherche aussi nous autres le grand secret » conclut-il dans Grand combat !
Ainsi la petite bande à Marie-Laure nous emparouille contre terre, nous rague et nous roupette jusqu’à nos drales… Bref on passe un sale quart d’heure, dans cette empoignade démente qui nous est proposée.
S’agit pas d’être des couilles molles et de se prendre le melon, NON, faut faire front à l’épreuve !
Le premier clin d’œil s’appelle UBU [1]/TRUMP ! Faut vous faire un dessin ?
« The show must go one ! » Et ça fait un moment qu’ça dure… honorable public à qui on ne la fait pas ! ben si justement on vous la fait… On vous la baille bien bonne : la rigolade vire au jaune…

AUTO PORTRAITS en pieds de nez

L’auto portrait… Vous voulez du théâtre miroir style Schopenhauer — regard dans la glace du dimanche matin quand on prend congé du social ? Ben on vous l’offre… Regarde toi ! Merdre et cornes au cul tu t’es vu quand t’as bu c’est-à-dire quand t’abuses… de toi, de ton image, de rire de te voir si beau, de te croire si belle !
Putainge de moine… Peuple de France ton narcissisme fout le camp… Pour qui te prends-tu et peux-tu te prendre toi ex première, puis deuxième puis cinquième et bientôt insignifiante puissance du monde ! Ton impérialisme se barre en couilles et tu t’accroches à la première mère Ubu venue qui offense le bleu marine des mirettes à Germaine, notre mini-Trumpette qui fait le Pen à voir !

Politiquement : ça cogne !

Wouais on vous le dit et le répète, Orage, Ô désespoir politiquement ça cogne !
Ça cogne et ça remue… y’a, y’aurait un deuil à faire… Un stade comateux (les institutions présidentielles de la Ve république version grand homme) à dépasser… Crise de la démocratie… Fin du grand, du gros, de celui qui dépasse les bornes et s’accorde la légitimité de parler à ma place ! Qu’il se taise à ma place, Wouais !
Carpe Diem !
Le règne d’un grand homme (confer Louis XIV) suppose, implique un max de servilité… Louis XIV va inventer la mode… Détourner l’attention des prétentieux par la perruque, l’étiquette et les fanfreluches… Des clones déjà… Bien vu, en son temps par Rossellini avec sa célèbre « Prise du pouvoir par Louis XIV »… Tournée en 1967 par l’ORTF… Aujourd’hui la télé poursuit ses louisquatorzeries avec « shoping » de Cristina Cordula sur M6… Mais puisque la perruque vise à écarter les ambitieux de l’exercice du pouvoir, c’est bien les femmes que l’on prétendit tenir en sujétion (assujettissement) avec le shopping. Faites confiance à Marie Laure Baudin pour faire un mauvais sort à ce type d’aliénation, d’ailleurs avec ses complices clownesses, elle s’y emploie déjà sans coup férir !
C’est du « Piarrot » le fou (Molière/Godard) sauvant Don Juan des eaux qui le dit et le raconte à sa promise (Charlotte) délicieusement et peu ou prou, on reconnaîtra les tenues de la troupe qui par ailleurs se tiennent fort mal… de travers… comme un mauvais travers… La perruque vacillante sur son faîte… ça branle bas du chef… donc Piarrot le fou décrit ainsi notre petit monde :

… il a du dor à son son habit tout de pis le haut jusqu’en bas… que d’histoires et d’angigorniaux boutont ces messieurs-là les Courtisans… Quien, Charlotte ils avont des cheveux qui ne tenont point à leu teste, et ils boutont ça après tout comme un gros bonnet de filace… en glieu de pourpoint, de petites brassièresqui ne leur venont point usqu’au brichet, et en glieu de rabas un grand mouchoir de cou à reziau aveuc quatre grosse houppe de linge qui leur pendons sur l’estomaque…. Igna pas jusqu’aux souliers…

Qu’ils soient jaunes ou verts, les souliers du clown signent son déséquilibre ! Le cloun est un plantigrade qui donc, se plante régulièrement.
Ça ne marche pas… Un clown ! ça n’en finit pas de tomber… On ne peut pas tomber plus bas !

Et il faut un putain de satané courage pour assumer ça… alors on dit « chapeau bas » à la petite bande rassemblée par Marie Laure Baudin et le courage – y’a pas d’autre mot — de faire et assumer ce qu’ils font ! Wouais… chapeau !

À propos de chapeau, il me fut donné de lire récemment le petit poème que voici


« je ne sais pas pourquoi tu rejettes
la forme
de mon chapeau, car
je voudrais voir le ciel
à travers le pelage d’un tigre »

Patricio Sanchez, Terre de feu, 2013

Parce que l’habit fait le moi ne vous en déplaise… Donc tout ce petit monde de cloun e s accouche de corps des plus encombrants.. Difficile de reconnaître le sien ; il est pourtant là, la merdre au cul !

Le corps torturé

Il l’est (si laid l’est)… Et les femmes en savent quelque chose parce que — entre nous — de femme à femme [2] – entre celles qu’un voile emprisonne et celles qu’emprisonnent les revues de mode (moyennant une torture moyenâgeuse des mannequins !) voyez-vous une si grande différence ?
Torturé e s par la loi dite de Dieu ou les lois du marché… Torturé e s… sommes ! moi compris, que louis XIV affubla d’une jupette [3] (il paraît que la jupette revient à la mode via la primaire de droite)…
Alors le corps torturé. ?… Une clounette solo va nous en offrir d’emblée de jeu la quintessence. Affublée d’une barboteuse et sa rousse chevelure coiffée d’un casque de motard, sophitisquement équipée, et embarrassée d’un lourd sac à malice, 
elle recueille dans une bassine la goutte d’eau qui ainsi ne tombe pas sur son crâne. La torture de la goutte d’eau fut un classique du répertoire chinois des horreurs infligées par l’homme à l’homme (Cf Georges Bataille).
Aujourd’hui ce raffinement sadique semble réservé à la gent animale… Et l’homme croit de ce règne avoir fait son deuil… Idiot bête !

Donc, la goutte devient le symbole du corps livré mortellement à la merci de l’eau… On dit aller vau l’eau… On n’est pas des veaux… Ces vaux-là valent pour dévaler de val en val pour que l’eau suive son cours… d’eau !
De fait, la clown tente l’interception de la goutte… Pour du temps, détourner le cours, peut être la boire (c’est pas la mer à boire, mais bon, attraper une goutte d’eau faux fuyante suppose une certaine vivacité).
Soif de vie… L’eau en paraît la source et la goutte fait source pour la lecture du spectacle
Ne serait-ce que comme métaphore de la larme.
Pudeur ! Le rire ? rideau de quelles larmes ?
Peut-on reconnaître dans le rituel clounesque un avatar de la mort à exorciser ?
De fait — sous couvert de pitrerie —, il s’agira de ça : exorciser la mort. Reconnaître les corps en perdition pour en rire. Chute ! à quoi peut bien penser l’espèce humaine en chute libre ?
Le corps n’a pas d’autre avenir que son autodestruction [4]… Et ça commence de bonne heure. Y’en a qui prennent les devants.
Beckett avait repéré le phénomène… Il trouvait son écriture fort drôle et tenait son « En attendant Godot » pour une superbe clownerie… Tchekhov déjà, pensait la même chose de ses « Trois sœurs »… Bon… question d’étiquette. Angle de tir, angle de rire. L’un et l’autre ont assis leur réputation sous le signe du tragique.

Tragique : Orage ô désespoir prête à rire… Service facultatif. Wouais, pour peu que l’on rende gorge, c’est-à-dire, que le rire s’étrangle au pathétique des corps en chute libre, on s’émouvera du spectacle à bon escient.
Ne rien éluder du tragique… la liberté est à ce prix. Nous sommes mortels, l’affaire est entendue… N’avons, subtile coquetterie que la ressource d’en rire. On appelle cela l’élégance. Certains cloun e s n’en sont pas dépourvu e s.
Toujours voir plus loin, voir et anticiper l’après (l’après-vie).
Fusse ne pas voir plus loin que le bout de son nez… Enfin du nez du premier cloun venu.

Les derniers seront les premiers

Pieuse consolation que de penser ce mensonge « les derniers seront les premiers ».
Il n’y a que les clouns pour en vérifier l’assertion. De quoi, nous consolent-ils ?… ces maladroits, ces inaptes et moins que rien ?
« Orage ô désespoir » a d’abord la vertu de rassembler des individus pour en faire une communauté. L’individuation se fait par le Clown c’est-à-dire la mise en commun d’un système de valeur, un certain abandon de la morale et de la métaphysique — Outre Beckett, Fellini fut un chantre assez magistral du contre système clownesque. Marie Laure B. et sa joyeuse petite bande abonde (on pourrait dire débonde) dans ce sens. S’invente sous nos yeux un deverbondage !
Un renversement de tendance… jusqu’à une révolution qui peut faire d’un mal faire, un bien !

Ça fait du bien, car fin de l’oppression et de l’intimidation culturelle. Revanche des plus pauvres (y compris d’esprit) sur les plus riches. Mettre ses chaussettes à l’envers et de préférence dépareillées. Se « déremparder » dirait Oury… de la raison, tirons notre révérence, recommandait Kafka !
Fricotons avec la folie comme on effeuille la marguerite : un peu, beaucoup passionnément… Oubliez le « pas du tout » : aucun fou ne vous en tiendra rigueur !

ILS NE RESPECTENT RIEN

Un comble… L’ob-scénité vaut mise en scène. Ce qui a pour effet premier, quand même, que le plus nul et le plus quelconque des présents sur le plateau, peut parfaitement remplir son contrat d’acteur.
En ce sens lui (elle) le dernier devient indispensable à la consistance même du spectacle qui – cela va de soi — ne sera donc pas un spectacle… Dans la foulée, le non-acteur devient star de ce système anti-star ! Para doxa… Pas étonnant de trouver là, le paradoxe fondateur d’une communauté de clowns.
À ma connaissance on peut identifier là, la réussite en forme d’acte manqué d’une société communiste.
Prenons les choses et les précautions d’usage dans le bon ordre : d’abord se débarrasser du Trump l’œil (relire La Boetie sur notre besoin de servitude… adulateur communiste compris)… Y n’a urgence, étant donné l’exploitation de la planète, du singe et de l’homme par l’homme.
La radicalité des clouns « en oragés » (ou « enragés ») serait donc d’aller jusqu’au bout de leur insignifiance… jusqu’au bout du rien…
Du rien à foutre ! pendant qu’on y est.
Nous serions dans un au-delà du théâtre, un déjouement des apparences, et la ligne de conduite de l’écriture scénique installerait une forme d’intranquillité fascinante.
On ne peut rigoler tranquillos ! Le ver est dans le fruit et le tour dans son sac (belle métamorphose fugace et fugitive d’une des clounesses rousse, en jolie et fragile anémone.) Comme quoi il faut s’attendre à tout avec ces zoziaux là : y compris de voir éclore la rose sur le tas de fumier ! Ce tout est possible met tout le monde à la même (mauvaise) enseigne… Et revoilà le signe indien de la prestation offerte. Délices du jeu des langues étrangères… Enchantement du baragouinage et jeu de mains, jeu de vilains ! Ce fut tout bon.

Outrage au public

Orage… Outrage ! Une clounesse (à la vêture très historisée, style dame de cour) nous en prévient : ce spectacle n’est pas un spectacle… Plutôt un désastre sans intérêt, servi par des comédiens d’une médiocrité consternante… Bref dûment prévenu (comme en état de délinquance) de la déliquescence du produit proposé… Nous serions invités à prendre la poudre d’escampette pour ne pas subir d’avantage les outrages et autres maladresses des ci-devants clouns. Aucun ci-devant citoyen n’obtempère.
Qu’est-ce qui nous retient ?
Sans doute la même chose qui fit dans les années 60 (cinquante ans déjà) le succès d’« Outrage au public » écrit par l’auteur autrichien Peter Handke.
La pièce n’obéissant à aucun des procédés ou conventions en usage alors, ne reposait que sur la présence des acteurs… Comme si ces derniers étaient livrés à une improvisation sans objet. Autrement dit par leur seule présence, les acteurs (et l’auteur complice) prétendaient remplir le contrat – donc l’échange — théâtral.

Outrage de l’absence (pseudo) de texte et de narrativité… En réalité la pièce de Handke procédait d’une modernité qui va faire florès jusqu’à nos jours. Le théâtre ne vaudrait que par la qualité de présence des protagonistes… Qu’ils soient sur scène ou dans la salle ! C’est donc bien cette « qualité » que notre clounesse à la vêture historique, interpelle… à quoi il nous est donné de répondre : je suis là !
Là où ? À ma place devant MON autoportrait en pied… en Narcisse fasciné s’admirant au miroir ! Fasciné tout autant par la négativité de se trouver beau en dehors de toute considération esthétique. Le clown fait l’économie du beau et en soulage tout le monde. De tous ses actes manqués, celui – là paraît des plus réussis.
Le manque à tout ne vivifie-t-il pas un désir de tout ?
Voilà la grande affaire de ces clounes-là : quel désir te travaille ?
Ils seraient fascinés – obnubilés — par le désir dont on sait qu’il rôde là où ça manque, d’être là. De nous plaire et nous séduire NOUS l’autre.
Mais le désir s’inscrit là où ça boite… Là où la pomme se perd… là où l’on se paume… Errance et égarement seraient les prix à payer d’un désir insaisissable.
Selon Adam Phillips, illustre psychanalyste new-yorkais, nous ne serions des hommes accomplis que fort de trois capacités négatives ; notion empruntée à Keats qui la définit ainsi : « capable d’être dans l’incertitude, les mystères, les doutes sans courir avec irritation après le fait et la raison »…
Pour revenir à Adam Phillips, observons que ces trois capacités négatives seraient (dans l’ordre) : l’embarras, être perdu, être impuissant.
De fait, Orage ô désespoir nous offre avec bonheur, un merveilleux florilège de ces trois capacités…

L’embarras

L’embarras serait le postulat d’existence tant de la personne sur le plateau que du clown : masque/alibi dont cette même personne prétend s’affubler.
« Je suis là » « … S’emploient – ils à nous dire aussitôt “embarrassés” de cet aveu !
Qu’est ce que je peux faire justifiant l’injustifiable ? L’arbitraire (artifice) total de ma présence sur scène ! Vaine tentative !
Pour me donner à croire que je peux y paraître, je me propose de faire le clown .. Mais de se faire je ne suis pas dupe qu’il n’en est rien… donc je ne fais qu’être là ! Une clownesse blondinette fait jeu de ce postulat. Être là sans raison sérieuse… Comme Keats l’indique : mystère x et doutes de gommes… Je suis là donc pour m’effacer.
Pour disparaître à vue. Je suis là, tombé e du ciel et je ne sais comment m’en sortir !
Qui m’a poussé dans cette vie et comment vais-je m’en sortir… Le secret et les secrets de mon existence m’échappent et inéluctablement “on” me pousse vers la sortie.
Bref cela s’appelle avoir le cul entre deux chaises et la “Marie Laure” me dit de m’asseoir !
Alors merdre et cornes aux culs, y’a pas de chaise !
Mais la Marie Laure insiste “assois-toi ! bord’elle, qu’elle me dit et là je comprends plus rien : y’a pas de chaise et pas de bordel non plus ! alors Merdre…
Je suis où ! Et là… on passe de l’embarras ontologique (dit embarras de l’existence) à l’errance de Phèdre ‘Dieu que ne suis-je assise à l’ombre des forêts’ lui fait dire Racine. Alors, allons-y ! va pour un petit tour dans les bois… histoire de voir si le loup y est pas… C’est parti mon kiki.

ARCHE, PARADIS, TOUT se perd… Le théâtre lieu de perdition par excellence !

Arche… C’est l’histoire du chat et du miaou… Quand la goutte devient gougoutte. Le cloune qui ne sait plus très bien qui il est, peut se prendre pour n’importe quoi… mais de préférence : bête à poil… Chat, Chien… Quand la troupe cherche Mirza célèbre chien de Nino Ferré… C’est la meute… ça kiffe partout… Faut avoir un nez averti ! Le clown est un renifleur à courte vue… cherchant le chien, il le trouve puisqu’il en est possédé.
Pas mieux qu’un chien pour trouver un autre chien. Voilà pour l’arche perdue… Entre chien et chat. Deux espèces qui ne s’aiment pas, disait Queneau.
Le paradis… C’est le leurre de la scène puisque peut s’y investir un corps héroïque…
Ce même corps qui se fabrique et se produit à l’Opéra Garnier… Corps de l’opéra.
Un corps rêvé, idéalisé, le plus merveilleux corps possible pour s’envoyer en l’air !
Une clounesse nous en fait la démonstration par ses lancements de jambes… une autre préfère se houlahoupiser pour atteindre le vertige !
Bref les sommets… Gagner le là-haut, bien nommé le paradis… En tous sens, l’espace a trois dimensions… Entre dehors/dedans et haut et bas… la scène n’est pas tenable… On ne peut que s’y perdre… Mais du perdu, de l’inconnu : on s’en trimballe une sacrée couche. Malheureusement les forêts sont de plus en plus civilisées et balisées… Géométrisées et géolocalisées... Impossible de s’y perdre !
Reste donc la scène comme lieu de perdition… On aime y être… heure de gloire… Paradis perdu, retrouvé avec plaisir d’enfance et goût d’éternité.
Promenons-nous dans les bois… Et justement on peut y rencontrer le loup et le questionner : que fais-tu ! et il répond : je mets mon pantalon ! Donc, le loup à poil peut nous manger tout cru. Au risque de l’amour : mon chou, mon loup, ma reine… Après le quiqui, voici venir le temps du zizi ! Parlons donc de l’impuissance !

En avoir ou pas : zi ! zi !

L’amour : tout le monde en veut et y’a eu même un savant pour dire que le zizi — itou l’amour — tout le monde en voudrait un !
Étrange histoire… qui ne marche pas comme sur des roulettes même pour une handicapée en petite voiture adéquate. Elle en réclame : de l’amour !
Tout le monde veut sa part de pied (elle y compris, qui n’en a plus l’usage)... de plaisir.
Et si, il fallait se passer d’en avoir pour en palper… ?
Nouveau paradoxe… Le paparadoxe ?… La capacité d’impuissance comme postulat de l’amour possible !
C’est peut-être dans l’approche de cette capacité négative que ‘orage ô désespoir’ pourrait s’avérer une proposition d’une extrême pertinence. Une expérience exceptionnelle et originale à vivre : l’impuissance sexuelle !
Vertu et bénéfice secondaire… De l’imaginaire bien employé.
C’est par l’état d’impuissance que ce spectacle qui n’est pas un spectacle nous donne à explorer les arcanes de l’amour !
Accessoirement, redonner à l’interdit dans le contexte du tout permissif, un bienheureux coup de fouet !
Fouette cocher ! Introuvable le fouet de l’handicapée. Il y a les actes manqués exprès et des pas exprès… Impossible de trancher !
Tout ce qui ne marche pas… marche ! que courent et nous vengent les clowns de toutes humiliations !

Nous aurons pour eux, la gratitude du ventre ! Ô rage ô désespoir ô vieillesse ennemie ! que n’ai-je tant vécu que pour cette infamie, que de voir à la Cité théâtre, rue de Bretagne, un pareil spectacle !

En avoir ou pas !!!!! Laissez-moi rire… C’est trop rigolo de sortir de ce putain de dilemme et ce fut trop de bonheur que de voir cette infamie !
Tant de générosité ! Conçu et réalisé par une maîtresse femme !
Marie — Laure, sauras-tu jamais… Combien on t’aime !



[1La filiation à Alfred Jarry est ici manifeste, sans oublier que ce même Jarry a écrit L’Amour absolu, Mercure de France, 1964

[2Mauvais esprit, mauvais genre… Effet déréglementaire du cloun. Qu’un garçon s’habille en fille, ça reste poilant… derrière un éventail chinois ou pas.

[3Bon ! fendons nous de cette confidence que : petit enfant mâle d’une maman couturière, le jeune garçon devait néanmoins prêter (à sa grande honte) son corps à l’essayage des robes destinées aux filles.. L’anecdote éclaire cette lourde insistance sur la jupette assez inopportune même si l’enfant ressentait bien comme une torture de se prêter à ce jeu-là. Il est vrai qu’aller au théâtre reste une expérience strictement intime dont ici, nous trahissons l’un des ressorts. On peut se le permettre à l’instar du cloun e qui n’existe que par ce type d’aveu, déguisé en pantalonnade. La pantalonnade étant le masque approprié de la jupette.

[4Une star de cinéma à la plastique avantageuse fait circuler sur la toile des photos d’elle toute nue et devant l’enthousiasme que suscite son initiative elle s’empresse d’assurer ses fans de ce qu’elle le fera toujours ! ce qui a provoqué ce commentaire aigre doux du chroniqueur qui rapportait l’anecdote : « j’espère quand même qu’elle s’arrêtera à temps ! »

Mots-clés

_Clown _Comédie de Caen _Marie-Laure Baudin