Un mythe à démêler
Yannick Butel - 24 février 2011



En cette mi-février 2011, le Quai des Arts d’Argentan proposait un spectacle de marionnettes : Au fil dŒdipe par la compagnie Les Anges au Plafond dirigé par Camille Trouvé. C’était l’occasion pour le Quai des Arts et pour l’insensé de mettre en place un atelier critique. Sur le quai B, la salle de répétition une table, des feuilles et des crayons nous attendent et nous accueillent. Autour de la table, Catherine, Léonie, Fanny et moi-même, trois générations parties et partantes pour deux heures à réfléchir, discuter et écrire sur ce spectacle.

Au fil d’Œdipe par Fanny

Nous sommes entrés dans la salle du quai des arts d’argentan à vingt heures trente. J’ai été surprise de monter sur scène sur laquelle était installé un grand décor couleur sable. Nous étions placés en demi-cercle sur des bancs de cuir, ce qui donnait l’impression d’être dans un amphithéâtre ou dans une arène. Le décor était fragile comme une feuille de papier. Il était particulier aussi car les marionnettes arrivaient du plafond comme des « paquets de linge sales ».

Les pantins étaient en cuir avec des visages qui paraissaient difformes à cause des morceaux de chiffons déchirés qui constituaient leur peau. Les marionnettes étaient de taille humaine et portaient toutes de grandes robes blanches parfois ornées de quelques petits bouts de tissus. Les poupées féminines se ressemblaient beaucoup : elles avaient toutes les deux des cheveux mi-longs frisés avec exactement le même visage mais portaient des coiffes différentes. Les pantins étaient très expressifs et attachants. Chacun avait sa place parmi l’assemblée des marionnettes. Il y avait de la solidarité entre le marionnettiste et ses pantins. A certains instants, il devenait marionnette et les poupées humaines. La scène où apparaît le sphinx est très spéciale : si nous avons lu le mythe d’Œdipe, cette créature est une femme à corps de lion ailé. Ici, on nous présente un être à voix d’homme qui ressemble étrangement à Pan, le dieu des satyres dans la mythologie.

Ce spectacle qui relate l’histoire d’Œdipe, nous plonge dans une atmosphère antique et nous côtoyons les marionnettes qui jouent le rôle de rois, princes, paysans de l’antiquité chez les grecs. Grâce aux « musiques du monde », nous voyageons dans l’époque, même si ces mélodies n’ont pas de rapport avec les chants grecs. Le marionnettiste nous fait découvrir ses pantins d’une façon très étrange : à lui seul, il joue le rôle d’une dizaine de marionnettes qui nous emplisse de joie, de tristesse et parfois même de peur.

Œdipe : c’est la marionnette principale de l’histoire. Nous pouvons même remarquer que c’est la seule qui ne possède pas de fil. Si nous creusons plus profondément, on voit que c’est le seul pantin qui n’a pas de filiations, pas de lien. Il ne connait pas sa famille. Il n’est à sa place nulle part. Il ignore tout de son origine et dans un moment de la pièce, il recherche la vérité sur son passé. C’est alors qu’il nous apparaît dans un « champ de fil » et nous comprenons alors qu’il cherche sa corde parmi ce champ de ficelle où il se perd. Nous ressentons de la pitié pour ce malheureux personnage.

Lorsque je suis sortie de la salle, je me trouvais sur une pirogue grecque aux côtés d’Œdipe qui me ramenait à Argentan. Peut-être accomplissait-il un énième voyage et ce serait à moi de lui faire découvrir mon histoire et celles de tous les humains. Peut-être se sentirait-il à sa place, qui sait ?

Au fil d’œdipe par Léonie

L’histoire d’ œdipe est contée de façon à se qu’on s’immerge totalement dans le spectacle, le son, la lumière et le décor, qui, en eux, n’ont rien de l’époque d’œdipe, nous font pourtant voyager avec lui, sa vie et son histoire. L’oiseau, les touches humoristiques et pleins d ’autres petit détails rendent cette pièce plus légère. L’agréable sensation de passer par une multitude de sentiments est présente à chaque instants .

J’ai assisté au spectacle sur la scène du quai des arts, le fait que nous soyons très proches des acteurs ( et des marionnettes ) nous plongeait encore plus dans l’histoire. Tout au long du récit nous suivons le grand voyage d’œdipe, celui, nomade, qui n’ est rattaché à rien si ce n’est à l’amour pour ses parents, qui, au final, disparaît. Il y a une certaine ironie dans le titre « Au fil d’œdipe » alors que celui-là même n’a aucun fil pour le rattraper.

Au fil d’œdipe par Catherine

J’ai vu et entendu une histoire qui va décoiffer bien des villageois : un décor planté en rond, dans un espace tout intimiste ; enfants, jeunes et moins jeunes sont accoudés à la façon d’un cirque théâtral, à attendre qu’Œdipe,en tenue de marionnette déploie son histoire... Sons musicaux, lumières et mouvements... tous les sens sont convoqués pour faire la rencontre de cette histoire qui n’a pas d’age, ni de frontière. Le comédien, circulant avec souplesse, clamant avec force, nombre d’émotions, fait jouer les différentes marionnettes avec beauté et nous transporte avec poésie à travers les passions humaines.


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