Sages comme des images
Antonin Ménard - 7 juillet 2011



Cyril Teste travaille au sein du collectif MxM qu’il dirige. Ce collectif regroupe plusieurs artistes qui se sont rencontrés il y a une dizaine d’années. Il est composé d’architecte, créateur lumière, robotique, musiciens, acteurs, dramaturge, programmeur vidéo, vidéaste… Cyril Teste est l’auteur et le metteur en scène de « Sun » présenté du 7 au 13 juillet dans la salle Benoît XII. « Sun » fait suite au spectacle « Reset » qui traitait aussi de l’enfance et nous nous rappellerons que le premier projet de ce collectif MxM était autour « d’ Alice » de Lewis Caroll. Au départ de ce projet un fait divers en Allemagne ou deux enfants vivants dans la même famille recomposée décident de partir en Afrique pour se marier. L’Afrique comme un eldorado où ils pourraient vivre leur amour sous le soleil, l’Afrique comme le continent où les parents auraient disparu. À partir de cette anecdote, Cyril Teste et son équipe ont travaillé autour du monde de l’enfance, des enfants dégagés des contraintes que les adultes leur imposent. En une heure et quart, nous assistons à un voyage initiatique de la préparation du départ à un voyage imaginaire et imaginé par ces enfants.

En s’installant dans la salle nous voyons sur scène, dans un carré de lumière, Mattéo Eustachon allias Mattéo, une dizaine d’années, assis sur une feuille blanche. Il joue avec une araignée mécanique grande comme un abricot qui réagit à la lumière. En effet, cet animal machine n’avance que lorsqu’il est exposé à la lumière. Dès que l’acteur occulte son capteur solaire, elle se bloque. A côté de lui un cube noir, dans lequel l’araignée trouve sa place de repos. Il joue avec cet objet au centre de la scène, il ne nous regarde pas, il est dans son monde. C’est finalement lui le personnage principal, sa partenaire Lucia-Zina Méziat qui joue Léna est à la fois sa conscience et la raison de son envie d’ailleurs, de soleil et de départ. Les acteurs enfants sont accompagnés par deux acteurs adultes qui eux sont le guide ou le double adulte de Mattéo. L’espace dans lequel évoluent les acteurs se modifie sans cesse par un jeu de déplacement de monoblocs rectangulaires qui redécoupent l’espace et servent de support à la vidéo. Une estrade robotisée qui sert de scène tourne sur elle-même de temps en temps pendant la représentation. La scénographie sonore est présente et nous englobe tout le long de la représentation. Une voix off, sans doute le souvenir adulte du moment présent de ce jeune garçon nous accompagne dès le début de la représentation. C’est un souvenir d’enfance qui évoque le rapport au soleil, aux fleurs, aux dieux et à la façon dont il avait de jouer avec les nuages. Ces évocations paraissent comme une énumération de clichés de l’univers enfantin. Ensuite, la jeune enfant interroge Mattéo dans un échange où le sujet est caché. Un secret que les enfants voudraient absolument conserver et auquel le spectateur a accès avec son imagination et la lecture du programme. Un dialogue s’installe entre l’absente et Mattéo qui avant de partir veut finir son dessin. Ils se décident à partir le soir même. Il faut préparer les valises et voyager vers le soleil. À ce moment l’actrice apparaît et Mattéo mime de les dessiner sur sa feuille blanche tandis que l’image d’un dessin basique, peu enfantin se construit sur la paroi centrale. Ce dessin les représente et cette représentation empêche de développer un imaginaire autour de ce qu’est un dessin d’enfant. On est face à un enfant acteur qui mime de se représenter avec celle qu’il aime tandis que ce qu’il dessinerait nous apparaît sous sa forme normative. Ils jouent ensuite avec un nouveau cube noir, un peu plus gros, avec à l’intérieur une plus grosse araignée toujours mécanique. Cette araignée qui grossit pourrait être un crabe comme une allégorie d’un cancer qui grossirait à mesure que l’enfance disparaît. Le départ arrive. La fatigue du voyage aidant, les deux enfants dorment sur cette estrade avec un gros cube noir au centre de l’espace. Léna se réveille la première et découvre ce cube qui finit par l’engloutir telle une princesse prisonnière d’un monstre criant en attendant que son prince, ce héros, la délivre. Manque de chance comme dans toutes les aventures chevaleresques, la mission du prince sera semée d’embûches. Traverser un miroir pour se découvrir adulte et redevenir enfant et apprendre à mettre une cravate pour l’heure du rendez-vous avec sa belle. Cette belle qui aura elle entre temps, dans les coulisses passée une robe blanche.

Dans cette pièce les enfants sont enfermés. C’est la fabrication d’un espace clos produit par des adultes pour des enfants acteurs qui sont sages et répondent exactement à ce qu’on attend d’eux. La narration simpliste, l’utilisation de la scénographie mouvante mais pourtant figée, de l’univers sonore et lumineux englobant, les projections vidéo donnent à cette proposition un caractère fleur bleue et diminue la capacité d’imaginaire des enfants et des spectateurs qui assistent à ce spectacle. Cyril Teste dit du fait-divers que ce qu’il l’intéressait c’est le fait que « ce sont les enfants qui ont décidé d’effacer le monde adulte ». Dans Sun les adultes ont mis en place un dispositif où les enfants sont à l’image de ce qu’ils voudraient qu’ils soient : sages comme des images. Un monde fait de beauté et d’utopie qui annihile l’être de l’enfant lui-même avec ses maladresses, sa cruauté, sa volonté et son imagination.

1 Reset : pièce écrite et mise en scène par Cyril Teste en 2010

http://www.theatre-video.net/video/Cyril-Teste-pour-Sun?autostart




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