Oh… Moi !
Malte Schwind - 10 juillet 2014

Orlando ou l’impatience, texte et mise en scène d’Olivier Py — Festival d’Avignon 2014



Premier des trois spectacles d’Olivier Py, directeur du Festival. Orlando ou l’impatience. O. cherche son père, rencontre des metteurs en scène de genres différents, devient directeur d’un théâtre important, perd la direction du théâtre, est poursuit pendant tout ce trajet par le Ministre de la Culture, personnage masochiste et souffrant, et écrit une pièce : Orlando ou l’impatience.


Certains diront que cela parle du théâtre, lui dit que « ce n’est pas du tout une autofiction », même si ça ne parle tout de même que de O. De O. et de Dieu. Ça parle de lui dans un jeu burlesque, pourrait-on dire, pour ne pas dire, grossier et criard. Les costumes et la scénographie n’ont rien à envier à l’esthétique tape-à-l’oeil. Leurs dialogues absurdes sont intercalés par des scènes de cul qui n’ont rien à envier à Pyjama pour six, spectacle boulevard dans le off, à part de montrer légèrement plus de fesses nues et de tétons. (Ne vous effrayez pas, cela reste quand même bien aimable.) Intercalé par ces fesses et ses tétons, dis-je, et par des monologues d’un pathétisme mielleux où l’on commence à fur et à mesure des 3h et demi de spectacle à comprendre, que ce n’est pas une moquerie… Le manque et le reste. Papa, où t’es ? ……… Les acteurs vont à merveille dans cette esthétique propre, … ils pourront aussi faire à merveille des pub pour des sous-vêtement de Calvin Klein… ce qui, au final, n’aura pas changé grand-chose à l’art théâtral…

Il aurait parlé de lui, mais pas de Lautréamont. Je vous propose, chère lectrice, cher lecteur, quelques mots qui peuvent nous consoler quand O. se plaint d’être le « curé du théâtre d’art » et de tout le pouvoir qu’il doit porter et qui le corrompt de l’intérieur (C’est vrai ! Ça doit être douloureux de ne pas s’interdire pour la prochaine édition du Festival de créer à la Cours d’Honneur !) :

« Plût au ciel que le lecteur, enhardi et devenu momentanément féroce comme ce qu’il lit, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et sauvage, à travers les marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison ; car, à moins qu’il n’apporte dans sa lecture une logique rigoureuse et une tension d’esprit égale au moins à sa défiance, les émanations mortelles de ce livre imbiberont son âme comme l’eau le sucre. Il n’est pas bon que tout le monde lise les pages qui vont suivre ; quelques-uns seuls savoureront ce fruit amer sans danger. Par conséquent, âme timide, avant de pénétrer plus loin dans de pareilles landes inexplorées, dirige tes talons en arrière et non en avant. Écoute bien ce que je te dis : dirige tes talons en arrière et non en avant, comme les yeux d’un fils qui se détourne respectueusement de la contemplation auguste de la face maternelle ; ou, plutôt, comme un angle à perte de vue de grues frileuses méditant beaucoup, qui, pendant l’hiver, vole puissamment à travers le silence, toutes voiles tendues, vers un point déterminé de l’horizon, d’où tout à coup part un vent étrange et fort, précurseur de la tempête. La grue la plus vieille et qui forme à elle seule l’avant-garde, voyant cela, branle la tête comme une personne raisonnable, conséquemment son bec aussi qu’elle fait claquer, et n’est pas contente (moi, non plus, je ne le serais pas à sa place), tandis que son vieux cou, dégarni de plumes et contemporain de trois générations de grues, se remue en ondulations irritées qui présagent l’orage qui s’approche de plus en plus. Après avoir de sang-froid regardé plusieurs fois de tous les côtés avec des yeux qui renferment l’expérience, prudemment, la première (car, c’est elle qui a le privilège de montrer les plumes de sa queue aux autres grues inférieures en intelligence), avec son cri vigilant de mélancolique sentinelle, pour repousser l’ennemi commun, elle vire avec flexibilité la pointe de la figure géométrique (c’est peut-être un triangle, mais on ne voit pas le troisième côté que forment dans l’espace ces curieux oiseaux de passage), soit à bâbord, soit à tribord, comme un habile capitaine ; et, manœuvrant avec des ailes qui ne paraissent pas plus grandes que celles d’un moineau, parce qu’elle n’est pas bête, elle prend ainsi un autre chemin philosophique et plus sûr. »

Et cela me donne envie de proposer à O. qu’il met un avertissement au spectateur dans son programme d’O. :

« Plût à Olivier Py que le spectateur, écœuré et devenu momentanément bête comme ce qu’il voit, trouve, sans s’ennuyer, son chemin doux et molle, à travers les platitudes égocentrique de ces scènes boulevard et pleines d’hypocrisie ; car, à moins qu’il n’apporte dans la salle une logique flasque et une tension d’esprit égale au moins à sa défiance, les vomissement puants de ce spectacle exciteront au plus sa colère. Il n’est pas bon que tout le monde voit ce spectacle ; quelques uns seuls ne tomberont pas dans le piège que ce monde a la mémoire courte. Par conséquent, âme singulière, avant de pénétrer plus loin dans de pareilles lieux communs, dirige tes talons en avant et non en arrière. Écoute bien ce que je te dis : dirige tes talons en avant et non en arrière… ».. enfin, vous aurez compris…


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