Lettre à Régine Chopinot et Jérôme Bel
Antonin Ménard - 17 juillet 2012



Chère Régine Chopinot, Cher Jérôme Bel,

Je viens de partager vos propositions au 66ème festival d’Avignon : Very Wert et Disabled theater. Ayant misé sur votre capacité à inventer, à déplacer les codes de la représentation, ma surprise et ma déception furent à la hauteur de votre paresse, de votre naïveté. Vous avez joué la carte des bons sentiments et de la générosité. C’est sans doute acceptable. Ce qui l’est moins, c’est de vous mettre en avant. Vous êtes seul(e) face à un groupe. Je ne vous reproche pas vos bons sentiments, mais vous les mettez en scène, vous vous mettez en scène en montrant que vous les avez. Votre invitation au Wert ou au Theater Hora est louable, mais il ne s’agit pas de cela. Votre présence audible et/ou visible rend compte d’autre chose qu’une invitation. Une carte blanche vous obligerait à l’absence. Ce n’est pas non plus un partage. Un partage aurait nécessité de votre part une intégration au groupe. Or vous vous positionnez comme individu face au groupe. J’en suis étonné. Étonné parce que j’avais imaginé que le travail autour d’un objet, d’un sujet ou d’une thématique quelqu’il soit, déplace, détourne nos premières impressions et permet de développer un imaginaire qui casse les aprioris de l’objet, du sujet ou de la thématique. Dans vos deux propositions au contraire vous ne cherchez pas à décoller, à décaler la représentation ou les préjugés sur les danses traditionnelles kanaks ou sur les handicapés mentaux et leurs limites. J’avais l’idée que votre travail artistique participait du déplacement et de la recherche, je constate que Very wert et Disabled theater, je le perçois à l’endroit d’une maladresse et d’un manque de recul.

En attendant une réaction de votre part, je vous aime avec votre handicap à parler de la différence.

Antonin Ménard



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