L’annonce faite à Sophie
Yannick Butel - 19 juillet 2012



Eglise des Célestins, Sophie Calle a déposé « Rachel, Monique », une exposition ou plutôt une chambre funéraire où la présence de la mère, mortele 15 mars 2006, est le motif central du geste de l’artiste. Où l’esquise d’un dernier entretien infini d’une fille à sa mère…

Elle s’est appelée successivement Rachel, Monique, Szyndler, Calle, Pagliero, Conthier, Sindler. Ma mère aimait qu’on parle d’elle. Sa vie n’apparaît pas dans mon travail. Ça l’agaçait.

Quand j’ai posé ma caméra au pied du lit dans lequel elle agonisait, parce que je craignais qu’elle n’expire en mon absence, alors que je voulais être là, entendre son dernier mot, elle s’est exclamée : « enfin »

Je vais lire le journal intime de ma mère pour la première fois. Cette église m’a semblé un lieu propice pour l’affronter. A part quelque pages sélectionnées par l’éditeur pour le livre Rachel, Monique, je ne sais pas ce que je vais découvrir.

(…) avant de perdre conscience, elle m’a demandé d’emporter le carton qui contenait ses journaux intimes. Seize carnets datés 1981, 1984, 1985, 1986, 1987, 1988, 1989, 1990, 1991, 1992, 1993, 1994, 1995, 1996, 1997, 2000.

Ma mère n’était pas un écrivain, je ne suis pas comédienne, même amateur. Je ne sais pas si ces textes sont « bons », s’il faut les chuchoter, les déclamer, si je les lirai d’une traite, à intervalles réguliers, ou quand bon me semblera. Je ne sais pas combien de temps prendra cette lecture. Je m’engage seulement à en finir avec que le Festival ne s’achève.

Ma mère a choisi de na pas détruire ses journaux intimes. Ma mère n’était pas dupe de ce qui pourrait arriver si elle me les abandonnait. Sinon je ne me serais pas permis.

Programme distibué au visiteur, du 8 au 28 juillet 2012.

A l’intérieur, Sophie Calle a organisé un parcours que l’on ne confondra pas avec un chemin de croix où ses mots, sa vie, ses errances, sa poésie viennent construire un espace qui renvoie à la figure de la mère. Ni monde utérin, ni autel, ni nef, ni rien qui pourrait ressembler à un hommage, mais juste un parcours funéraire, un road movie filial, une manière d’être fille de…, un art d’être orphelin.

Des marbres, des stèles, des anges, une girafe totémisée, des mother, maman, ici et là, une photo d’un album de famille, des photos d’ici et d’ailleurs, un hôtel : Hôtel de la solitude… et un film où la mère morte, comme une Ophélie peinte par les pré-raphaelites anglais, se tient rigide et pâle, entourée de fleurs, pendant qu’on s’assure qu’elle est morte en prenant son poul, en contrôlant la disparition de sou souffle…

Dans un recoin, une chaise et un livre où lira Sophie Calle.

Mon portable sonne « tu fais quoi ? » dit la voix. « Je suis avec Calle. Une exposition sur la mère de sa mort » dis-je. Et la voix de me répondre « non, la mort de sa mère, tu inverses tout ».

Tout est là, dans un lapsus. Je vous le livre : « la mère de sa mort » ou l’annonce faite à Sophie…



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