Un pingouin à Avignon
Margot Noayo - 22 juillet 2012



Samedi 21 juillet, la cour d’honneur, le mistral et La Mouette.

Au départ une immense vidéo, celle de l’arrivée d’un train en gare de La Ciotat des frères Lumière comme pour nous signifier qu’on va faire là un long voyage. Cette vidéo est projetée à jardin sur une structure argentée, un mur de féraille sorti de terre à l’image d’un iceberg flottant sur la banquise. A cour une autre structure de fer est cette fois ci orientée à l’horizontale, légèrement bombée, une sorte d’abri en cas de tempête (ou de tente quechua). Enfin à l’avant scène, en plein centre, Nauzyciel a choisi d’installer l’estrade. Quatre petits mètres carrés de podium au milieu des 800 mètres carrées de la cour d’honneur d’où la parole jaillira la plupart du temps. Le tout parsemé d’une neige noire répendue sur l’ensemble du plateau. Le décor est planté. Entre une silhouette vétue de noir qui va tomber morte à la suite d’un coup de feu. Une descente lente et maladroite du corps au ralenti qui ne se maîtrise pas. Il restera allongé là pendant qu’un premier pingouin habillé de noir et portant un masque grossier sort de sa cachette, derrière l’iceberg, et se dirige en avant scène sur le podium. Un pingouin à Avignon ? Je me rends compte alors que déjà je m’égare. Ressaisissement de ma pensée : « c’est La Mouette de Tchekhov. Nauzyciel a donc choisi un masque de mouette ». Et comme il « ne monte pas La Mouette » mais « La Mouette dans le Cour d’Honneur » la finesse des traits de la mouette svelte et agile, a laissé place à l’épaisseur du goéland. S’en suivent des ballets masqués interprétés par des comédiens pleins de bonne volonté, des musiciens perchés au loin dans un nid à l’abri des spectateurs, des voix luttant contre le mistral et tenant tant bien que mal le cap, un programme qui s’envole et vagabonde sur le plateau au gré de ses envies jusqu’à fuir définitivement, un cri de mouette imité par un guitariste plein d’entrain et puis au bout de deux heures l’entracte. C’est à ce moment là que je me suis dit que ça faisait longtemps que je n’avais pas pêché et que je suis partie.



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