La FabricA s’ouvre au Festival – Ouvert ! Groupe F
Antonin Ménard - 6 juillet 2013


C’est ouvert ! Le 67ème festival d’Avignon ouvre son édition par l’inauguration d’un lieu nouveau : La FabricA, construit par la volonté tenace des directeurs Hortense Archambault et Vincent Baudriller. Cette volonté est double. D’une part, elle participe à la nécessité exprimée dès 1966 par Jean Vilar : « un lieu de travail et de répétitions, c’est ce qui nous manque le plus actuellement » et d’autre part, elle permet d’imaginer ce lieu de création comme un lieu réunissant Avignon au-delà des remparts. Cette 10ème et dernière édition dirigée par ces deux directeurs commence alors par l’ouverture d’un lieu devenant l’outil de création qui faisait défaut et devient leur legs aux Avignonnais et aux futurs directeurs du Festival. La mission d’ouverture a été proposée au Groupe F, qui maîtrise la pyrotechnie, pour imaginer des évènements populaires et artistiques. Ce 5 juillet pour la levée de rideau de ce festival, Groupe F a illuminé la FabricA, faisant rayonner les quartiers Monclar et Champfleury

Il est à peine 22h, quand nous arrivons dans un terrain vague, le plus proche voisin de La FabricA. Nous sommes plusieurs milliers dans cet espace brut. Espace des possibles, des imaginaires, des projections, des constructions à venir face à ce nouveau lieu qui contient en lui ces mêmes caractéristiques au service de l’art et de la création. Sur ce parterre caillouteux, beaucoup sont venus : ceux d’à côté en voisins, ceux des autres quartiers en curieux, ceux des ministères pour affirmer une volonté politique, ceux du festival en complices. Au dessus du nouveau bâtiment, Cassiopée apprécie sans doute la beauté et la richesse de cet outil. Groupe F propose « Ouvert ! ». La nuit tombe et la première image projetée sur le bâtiment ce sont des rideaux rouges de théâtre qui flottent au vent ; la FabricA est enveloppée encore protégée sous un voile. Groupe F a travaillé un an avec les habitants des quartiers et les écoles pour appréhender les réalités et définir les grandes lignes de ce projet artistique.

22h30, les projecteurs qui éclairent les spectateurs s’éteignent et laissent la place à La FabricA illuminée de rouge et voilée. Un homme apparaît sur le toit du bâtiment, mi-homme - mi-robot, luminescent. Une sorte d’homme guirlande en combinaison de lumière. Il ouvre la soirée et le voile tombe sur ces mots qui se succèdent OUVERT FRAGILE PRÉCAIRE ESPACE TEMPORAIRE… L’homme marche ensuite sur la façade du bâtiment et les projections vidéos de béton brute qui s’effrite renvoie à cette instabilité, à une certaine fragilité. Cette caractéristique d’incertitude et de précarité est aussi pour le metteur en scène Christophe Berthonneau une qualité, renversant ainsi la charge négative de ces mots-là, omniprésents dans le discours médiatique. C’est pour le metteur en scène, des idées qui modifient notre rapport au monde et qui peuvent permettre d’inventer de nouvelles formes de vie, de nouvelles relations.

En sept tableaux, Groupe F décline les notions d’espaces temporaires où sont présentes à la fois l’ouverture et la fermeture. Le premier tableau présenté c’est l’espace du travail. Le travail à la chaîne, le travail à l’usine. Un espace aliénant soumis à des contraintes mais qui est aussi source de liberté en définissant du même coup du temps libre pour les ouvriers. Un espace fermé sur des tâches précises, parfois répétitives mais ouvert puisque partagé par un groupe, par des individus. D’autres espaces seront présents durant les cinquante minutes de la performance technique et artistique présentant à chaque fois son versant clos en même temps que son versant ouvert. C’est l’espace du ciel qui apparaît comme un espace extrêmement ouvert mais qui devient par son infini un espace finalement indéfini et fermé. C’est à contrario, l’espace de la prison qui, par définition, est fermé mais qui se clos dans une temporalité. C’est bien ce mot temporaire qui donne à la prison où à chaque espace présenté leur potentiel d’ouverture.

Enfin entre chaque tableau sont présents les dessins et les paroles des enfants des écoles élémentaires. Ces enfants et ces écoles ont participé à des ateliers avec Groupe F pour donner de la matière à cette ouverture de lieu, à cette inauguration spectaculaire. Les dessins d’enfants sont tous singuliers et tranchent avec les images animées répétitives, industrielles ou sérielles projetées sur les parois de la FabricA. Intégrer ces dessins sans géométrie définitive met en relief la création individuelle des artistes de demain. Ce que rappelle Ouvert ! imitant les volontés d’Hortense Archambault et Vincent Baudriller avec cette ouverture de festival et avec la cérémonie pour le début de la FabricA, c’est que cet outil existe pour les artistes et créateurs à venir. Ouvert ! est aussi une contre-proposition à la force, la stabilité et au définitif défendant malgré les pressions subies que l’aléatoire, l’incertitude, la remise en question sont des valeurs qui font voler en éclats les conservatismes. Groupe F avec Ouvert ! réussit son pari de réunir plusieurs milliers de personnes entre les quartiers Monclar et Champfleury pour participer aux débuts du 67ème festival d’Avignon et de la FabricA.

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